Geneviève sourit à la vie

Victime de violences familiales, une Altkirchoise témoigne dans un livre

Article publié le 25 novembre 2020 dans le quotidien l’Alsace.

Née à Altkirch en 1962, Geneviève a grandi dans un village voisin, au milieu de sept frères et sœurs. Comme leur mère, les enfants ont souffert le martyr, victimes d’un père violent. Elle relate son histoire dans un livre déchirant dédié à sa fratrie qu’elle dit « anéantie ».

Geneviève sourit à la vie aujourd’hui, soulagée d’avoir raconté son histoire dans le livre « Âmes meurtries ». Écrit avec la collaboration d’un biographe, il vient de paraître après trois ans et demi de travail.  Photo L’Alsace /A.D.

Les violences intrafamiliales ? Personne n’est mieux placée que Geneviève pour en témoigner. D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours connu les coups et les hurlements de son père. « J’en étais déjà victime dans le ventre de ma mère », dit celle qui était la cinquième sur huit enfants, nés entre 1957 et 1971.

« Était » car cette grande fratrie est à moitié décimée aujourd’hui. Geneviève a perdu deux sœurs et deux frères prématurément, « dans des conditions dramatiques », dit-elle. « Je pense que je suis une miraculée. Je voulais entrer au couvent à l’âge de 14 ans. Finalement, je suis partie à 17 ans pour travailler en Suisse dans la photographie, chez Kodak. C’est ce qui m’a sauvée », lâche ce brin de femme de sa voix éraillée. Elle vient de publier un livre à compte d’auteur, très bien écrit avec la collaboration du biographe Jean-Louis Milcent, dans lequel elle raconte sa triste histoire. « Je voulais laisser une trace », souffle-t-elle.

Un hommage à toutes les victimes

Geneviève y relate pas à pas la descente aux enfers de sa mère, native de Waldighoffen, qui est tombée sous la coupe de cet homme alcoolique et violent à l’âge de 17 ans, alors qu’elle était pupille de la nation. « Il était fils unique. C’était le chouchou de sa mère qui nous détestait. Il n’a jamais rien fait de sa vie, à part prendre le bus tous les jours pour Mulhouse où il était tourneur sur fer. Il n’a jamais évolué. Notre drame est aussi dû à un manque d’éducation. »

Bien connu des services sociaux et de la gendarmerie, « l’autre » comme elle le désigne dans son livre, n’a jamais été inquiété par la justice. « C’est ce qui me révolte. Tout le monde savait et personne n’a réagi. » Issues d’un milieu très modeste, Geneviève et sa famille ont été victimes d’une forme de discrimination sociale à une époque où les violences intrafamiliales étaient taboues. Elles ont « anéanti nos vies et nous ont détruits de l’intérieur », écrit-elle.

Ce récit très fort, dont elle a choisi la photo de couverture la représentant à l’âge d’un an, jusqu’à la couleur du titre « rouge comme l’amour », est un hommage à sa mère, à ses frères et sœurs disparus et à toutes les victimes de maltraitances physiques et psychologiques. « Je veux leur dire que les chemins vers la résilience existent et qu’il faut être heureux et vivre malgré tout », confie la quinquagénaire, qui se sent « plus forte que jamais ». Comme libérée d’un poids après avoir couché sur le papier ces décennies de souffrances.

SE PROCURER Le livre Âmes meurtries (11 €) est disponible à la librairie Bisey et au Dé Tour Concept store à Mulhouse, à la librairie Encrage et à l’espace culturel de magasin E.Leclerc à Saint-Louis. Et sur commande auprès de Geneviève (frais de port : 3,50 €) : gene.cheyenne@hotmail.fr

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